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Actuellement, en France, de nombreux demandeurs d’asile se
présentent comme Yézidis. Qui sont-ils ? |
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Que signifie le mot Yézidi, quel est son sens étymologique
? Les Yézidis parlent en kurmanji (êzidîkî comme
ils le disent eux-mêmes), le dialecte nord de la langue kurde. Le Yézidisme est une religion monothéiste qui, selon les uns, est vieille de plus de 5000 ans ; selon les autres, elle daterait du XIIe ou du XIIIe siècle et enfin une troisième version ne la situe qu’au XIXe siècle. Toujours est-il que cette religion est encore très peu étudiée et les scientifiques avancent plusieurs thèses sur ses origines. L’une d’entre elles considère les Yézidis comme des descendants des disciples du Zoroastrisme ; d’après une autre thèse, le Yézidisme découlerait du paganisme ; d’autres encore affirment que cette religion est issue du Judaïsme ou lui attribuent un caractère syncrétique en y trouvant des éléments des religions musulmane, chrétienne et zoroastrienne. Cependant, les thèses les plus approuvées et qui divisent le monde scientifique actuel en deux courants opposés sont celles de R. Lescot2(orientaliste français) et de N. Marr3 grand ethnographe russe, orientaliste) : l’une penche pour des origines islamiques des Yézidis et l’autre y voit un héritage du paganisme kurde d’avant l’Islam. Les traditions religieuses des Yézidis leur interdisent le mariage avec les étrangers et les représentants du clergé avancent un dogme catégorique selon lequel « l’on ne devient pas Yézidis mais on le naît ». Si aujourd’hui on manque d’informations sur cette communauté, c’est en grande partie à cause de son caractère mystique, dû au repli forcé sur elle-même. DANS TOUS LES PAYS DU MOYEN-ORIENT où les Yézidis forment une population compacte, ils se sont retirés dans des régions montagneuses très difficiles d’accès, afin de protéger leur communauté de l’intolérance et des persécutions répétées provenant des adeptes de l’Islam. Victimes des conversions forcées, des pillages, des destructions
de villages entiers, les Yézidis se seraient isolés du reste
du monde depuis la conversion des Kurdes à l’Islam, et ce,
entre les VIIe et XIIe siècles. Leur retrait
et leur isolement du monde extérieur ont contribué à
la propagation d’une idée fausse sur le caractère
sectaire et satanique du Yézidisme. Le manque d’informations concernant les Yézidis et leur
croyance s’explique en grande partie par l’absence de documents
écrits par les Yézidis eux-mêmes : depuis le XIIe
siècle, le clergé interdit au peuple l’accès
à l’éducation. Toute la culture spirituelle, les concepts
religieux, l’histoire de cette communauté se transmettent
d’une génération à l’autre grâce
au folklore. Ces livres suscitèrent un grand intérêt dans les cercles diplomatiques et militaires de l’époque.
D’après
une des versions scientifiques, les livres sacrés auraient été
écrits au XVIIe siècle (O. Viltchevskij) ; d’après
les autres, ils datent du XIXe siècle (Shakir Fetakh) ; une autre
hypothèse dit que le livre des révélations est écrit
par le réformateur du Yézidisme Cheikh Adî ibn Mussafar
Marvan aux XIe ou XIIe siècles (K. Kourdoev).
Quelques tribus kurdes (yézidies et musulmanes confondues) habitaient
déjà au XVIIIe et au début du XIXe siècle
le territoire de l’Arménie actuelle, mais leur arrivée
massive de l’Asie antérieure remonte à la guerre de
Crimée (1853-1856), ainsi qu’à la guerre russo-turque
(1877-1878). Selon le recensement tsariste, près de 130 000 kurdes
musulmans et yézidis vivaient en 1897 dans le Caucase. La troisième et la dernière vague migratoire a eu lieu
entre 1918 et 1920. En Géorgie, les Yézidis habitent principalement dans la capitale, Tbilissi. Aujourd’hui, on rencontre quelques familles de paysans agriculteurs kurdes dans les régions de Kakhéti5 et de Marnéuli6. Les conditions économiques critiques que l’Arménie traversait au début du XXe siècle ont incité les Yézidis à rechercher des travaux saisonniers qui leur étaient proposés à Tbilissi. Très rapidement, ces citadins ont intégré le mode de vie urbain (si l’on peut employer ce terme, à cette époque) et se sont initiés aux métiers manuels. L’évolution de ce processus a suscité dans les années 1940-1950 la naissance d’un groupe social ouvrier qui se localisait dans les villes industrielles de Géorgie comme Tbilissi et Roustavi. Dans les années 1970, les autorités géorgiennes ont fait un effort considérable pour appliquer des réformes sociales et élaborer une politique complexe visant les minorités du pays, les Kurdes-Yézidis en l’occurrence. De grands progrès ont été faits dans le domaine culturel et déjà dans les années 1980 la Géorgie avait la réputation d’être un important centre culturel de Kurdes soviétiques. Malheureusement, depuis les années 1990, la situation se détériore ; la population yézidie quitte massivement le pays et les autorités refusent de soutenir le programme socioculturel soumis aux instances gouvernementales par l’intelligentsia yézidie. Avec les changements historiques et les bouleversements soci-économiques des pays du monde post-soviétique, les Yézidis se retrouvent aujourd’hui dans un « vacuum » d’information. Actuellement, ils subissent un désintérêt croissant des autorités des jeunes pays de Transcaucasie qui ont tendance à se replier plus ou moins sur leurs nationalismes. Plus de 150 000 Yézidis vivent actuellement une nouvelle vague d’exode, aussi importante que celle du début du XXe siècle. Cet exode a pour conséquence de les déplacer bien plus au nord, vers des peuples dont ils ne partagent ni coutumes, ni mœurs, ni destin historique – contrairement à ce que l’on retrace dans leurs relations avec les peuples du Caucase du sud. À l’heure actuelle, les régions du sud de la Russie abritent le plus grand nombre de kurdes jamais enregistré sur le territoire soviétique ; ils y ont pour la plupart immigré depuis les pays du Caucase du sud. Ces dernières décennies, dans les pays occidentaux, nous constatons parmi eux un grand nombre de demandeurs d’asile politique, la France ne faisant pas exception. En grand majorité il s’agit de Kurdes-Yézidis. Jusqu’à ces derniers temps, leurs mouvements migratoires ne concernaient que les territoires frontaliers avec leurs terres historiques, désormais, il faudra admettre que le problème socio-politique que soulève cette vague de migration ne touche plus seulement les pays du Moyen-Orient mais aussi ceux du Caucase du sud. |
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| 2-
Enquête sur les Yézidis de Syrie et du Djebel Sindjar, mémoire
de l’Institut de Damas, tome 4, 1938. |
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| 3-
Yesco o slove « celebi » (Encore une fois concernant le mot
« celebi »), en russe. Notes du département oriental de la société géographique russe, tome 20, Moscou, 1912 |
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| 4-
G. S. Asatrian, A. P. Poladian, La religion des Yézidis : les principales
divinités et les livres sacrés, en arménien, Erevan,
1989, p. 133-136. |
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| 5-
Environ 300 familles yézidies habitent aujourd’hui dans la
ville de Télavi. Avant les années 1990, on en comptait le
double. |
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